Tuesday, December 12th, 2017
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Antalaha : L’année 2017 sera difficile, donc exige d’énormes efforts !

  1. Monsieur le Maire, pourriez-vous établir le bilan de l’année 2016 ?

D’abord à l’occasion de ce Nouvel An, je tiens à formuler mes meilleurs vœux de bonheur, de prospérité et de bonne santé à tout le peuple d’Antalaha et à tous mes administrés. J’ose espérer que cette année, malgré les difficultés qu’elle risque d’engendrer, apportera à tout un chacun des solutions concrètes aux problèmes, et fortifiera le courage d’affronter les aléas de la vie auxquels tout le monde aura à être confronté.

2016 : une année de réorganisation

L’année 2016 a été, pour mon équipe et moi, une année de réorganisation. Ayant hérité d’une situation assez dramatique en octobre 2015, nous avons dû nous engager dans la réorganisation totale de l’administration communale sans laquelle nous n’aurions jamais pu nous en sortir et peut-être même, personnellement, j’aurai pu finir par démissionner : j’ai été confronté à une situation qui incitait ouvertement au découragement sinon à la corruption qui gangrenait jadis l’institution communale. Fort heureusement, j’y ai échappé.

En effet, face à ce lourd héritage que je devais supporter au début de mon mandat, la phrase du Maréchal français FOCH lors de la bataille de la Marne m’a inspiré : « Ma droite est enfoncée, ma gauche cède, tout va bien, j’attaque ! ».

Incontestablement, nous avons été condamnés à trouver des solutions rapides et efficaces pour rebondir. Mais il n’y a pas plusieurs options, car l’essentiel c’est de trouver de l’argent, seule condition à même de faire fonctionner correctement la Commune, et d’engager, pour ce faire, un style de gouvernance qui impose le respect, le retour de l’autorité et la crédibilité de l’institution communale que nous incarnons.

Dès décembre 2015, nous avons lancé une collecte de fonds pour doter la Commune des outils essentiels pour remettre en marche la machine administrative en arrêt ; j’ai dû convaincre beaucoup d’amis pour m’aider à tenir une trésorerie relativement suffisante, le temps nécessaire, pour la Commune, de relancer la machine financière dont elle dispose (comme le lancement des avis d’imposition, suspendu depuis 2010). En parallèle, nous avons renforcé la sensibilisation fiscale des citoyens de manière à ce que les contribuables puissent retrouver confiance vis-à-vis de la nouvelle autorité et qu’ils s’acquittent de leurs devoirs fiscaux ; nous avons dû muscler le service de la Police municipale pour constituer une force contraignante dans le recouvrement, essentiellement chez les récalcitrants, et réinstaurer le civisme et l’autorité dans une société qui ne croyait plus aux services publics ; nous avons réclamé les impayés que certaines entreprises devaient à la Commune. Étant ancien de la diaspora, j’ai fait en sorte que les filles et fils d’Antalaha résidant à l’étranger s’impliquent, d’une manière ou d’une autre dans le soutien de la Commune : en France, des associations se sont mobilisées pour venir en aide à la Commune, et certains natifs d’Antalaha à l’étranger ont participé bénévolement aux actions que j’ai menées sur place ; nous avons également été contraints de réorganiser les services de la Commune en réaffectant le personnel dans les services qui sied à chacun ; nous avons recruté de nouveaux employés et tout fait pour convaincre certains fournisseurs de ne plus nous abandonner, mais à faire, de nouveau, confiance aux institutions publiques qui ne sont pas que de « mauvais payeurs », mais, au contraire, à nous accompagner, car, personnellement, j’ai pris des engagements de payer correctement leurs factures.

C’est grâce à cette souplesse dans la méthode de gouvernance et à ces méthodes, parfois improvisées – bien que plus ou moins efficaces – que la Commune d’Antalaha a pu se redresser et, retrouver la situation plutôt acceptable dans laquelle elle est maintenant.

Mais tout cela n’a pas été facile et m’a demandé des efforts personnels considérables et quelques sacrifices parfois douloureux, sans lesquels, rien n’aurait fonctionné.

En effet, J’ai constaté que malgré le « potentiel » énorme dont dispose Madagascar, le peuple ne pourra en bénéficier et en tirer bénéfice, tant que les éléments autobloquants, relevant essentiellement de procédures lourdes (souvent inutiles) imposées par l’État et la rigidité des lois (parfois inadéquate face à la réalité du terrain) ne sont pas réformées. Ces différentes entraves minent le quotidien à tel point qu’elles sont capables de briser la meilleure des volontés et de décourager les plus grands optimistes.

Des résultats encourageants :
80% de hausse de recettes par rapport à l’année précédente…

Mais, malgré les difficultés qui sont encore à résoudre, les résultats obtenus par la Commune d’Antalaha en 2016 sont globalement encourageants : les recettes communales ont connu une hausse considérable (plus de 80%) par rapport à l’année précédente ; les effectifs du personnel ont été doublés et le salaire de chacun est régulièrement payé.

S’il arrive parfois que des retards soient constatés, cela est dû essentiellement à la procédure d’élaboration du budget primitif à laquelle la commune doit se plier et n’est pas la conséquence d’insuffisance de fonds dans les caisses de la commune.

Le civisme revient petit à petit si l’on ne juge que par l’enthousiasme des contribuables à honorer leurs devoirs fiscaux. La ville d’Antalaha commence à retrouver sa crédibilité auprès des organismes internationaux. Pareillement pour les fournisseurs locaux, nos partenaires, la confiance mutuelle a fait son grand retour, car la quasi-totalité des factures a été honorée par la Commune. La ville s’embellit, la collecte des ordures ainsi que l’assainissement des canaux et rues ont repris de manière régulière. La politique de rayonnement international commence à porter ses fruits ; les services de la Commune fonctionnent en synergie et les employés retrouvent la motivation qu’ils avaient perdue. Quelques infrastructures publiques ont été réhabilitées (le Tranompokonolona).

Autant de signes pour marquer qu’il y a des réalisations concrètes.

Autre point essentiel concernant la corruption qui est combattue et continuera d’être combattue sans relâche au sein de la Mairie et des différents services, car je ne tolère aucune incartade à ce sujet.

En d’autres termes, bien que les efforts que mon équipe et moi avons consentis se sont avérés fatigants, entreprenants, parfois douloureux, force est pourtant de constater que les résultats obtenus sont gratifiants et encourageants.

Nous sommes cependant conscients que les défis à relever restent énormes et les problèmes à résoudre demeurent colossaux.

  1. Et quelles perspectives pour l’année 2017 ?

2017 sera une année difficile…mais à affronter avec fermeté et courage.

Justement les perspectives pour cette année 2017 dépendent de la capacité de la Commune urbaine d’Antalaha à supporter les sacrifices qu’elle doit faire pour régler les problèmes énormes qui demeurent encore irrésolus. Comment faire face à ces procédures lourdes que l’État impose, ne serait-ce que pour « utiliser » notre argent (grâce au recouvrement) déposé auprès du Trésor dont le décaissement fait systématiquement l’objet d’un supplice pour la Commune ? Face au tarissement des fonds relevant de la « dotation globale de fonctionnement » (communément connue par « subvention »), comment faire pour que les ressources propres aux collectivités locales stipulées dans la Loi 2014-020, soient facilement recouvrées ? Car il faut savoir que les ressources communales, aussi nombreuses soient-elles, ne se recouvrent pas d’un simple coup de baguette magique ou d’un claquement de doigts, mais nécessite au préalable de fausses dépenses à engager (donc un minimum de trésorerie) ne serait-ce qu’en fourniture de bureau, matériel obligatoire dont les Communes ne peuvent toujours disposer, sans une facilité de décaissement de fonds auprès du Trésor (essentiellement pour honorer les factures des fournisseurs) ou en l’absence d’une trésorerie suffisante pour ce faire (par exemple la procédure de la « caisse d’avance » prévue à cet effet est très lourde et, en conséquence, difficilement applicable). Comment introduire dans la Loi 2014-020 relatant toutes les ressources propres aux collectivités décentralisées la taxe portuaire (qui n’existe pas) afin que les communes – comme la nôtre – ayant des ports, puissent bénéficier de ces ressources devant lui venir de droit ?

Par ailleurs, comment garder la motivation des employés ; comment assurer la régularité de l’assainissement et la propreté de la ville ? Comment entretenir l’enthousiasme des citoyens, gage de l’adhésion des contribuables à respecter leurs devoirs fiscaux ? Comment convaincre les fournisseurs à continuer à nous soutenir et à nous accompagner ? Comment respecter les procédures administratives lorsqu’elles se révèlent ouvertement autobloquantes : par exemple, les recettes de la Commune ne sont comptabilisées par le Trésor public comme tel si elles ne sont pas sanctionnées par des « quittances à souches » que seule l’imprimerie Nationale délivre. Or, parfois, l’imprimerie nationale se retrouve en situation de rupture de stock, pénalisant ainsi toutes les structures de mobilisation des ressources communales. Etc.

Alors voilà les perspectives de 2017 :

  • Il faut envisager l’amélioration des dispositifs juridiques permettant d’augmenter les ressources des collectivités locales, et pour rendre plus facile le moyen de recouvrement desdites ressources. Par exemple, envisager l’intégration des taxes portuaires dans la Loi 2014-020, et en facilitant la régularité des dotations globales de fonctionnement (Subventions) pour que les communes deviennent plus efficaces et dynamiques.

Car, sans argent, on ne peut rien faire.

  • Il faut continuer à réorganiser les services de la Commune de manière à ce que chaque service devienne performant ;
  • Il faut envisager de nouveau recrutement, car l’effectif du personnel actuel (environ 80 personnes) n’est pas encore suffisant pour une population de 132.000 habitants qui attendent de meilleures offres de services publics que la Commune est amenée à dispenser ;
  • Il faut continuer à sensibiliser la population sur leur devoir fiscal, car le principe du « donner-recevoir-rendre », que nous avons érigé comme une référence de bonne gouvernance, enseigne que tout ce que les contribuables paient à la Commune leur sera rendu à travers des projets qui amélioreront leur environnement et qui participeront à l’épanouissement de leur propre vie sociétale. La Corruption est en phase d’être vaincue au sein de la Commune.
  • Il faut se concentrer sur l’amélioration des infrastructures publiques et sur l’entretien des patrimoines communaux. La Commune envisage, par exemple, de réparer la machine à fabriquer des pavés (don de l’Union européenne il y a 15 ans), afin que nous puissions commencer à réhabiliter nos rues qui sont en état de délabrement avancé depuis un certain temps. Il faut aussi envisager l’amélioration des infrastructures sportives, car, effectivement, le gros problème qui s’annonce pour 2017, c’est cette volonté de la Caisse d’Épargne de s’approprier le terrain – qu’il estime être le sien – sur lequel pourtant est érigé le stade de basketball connu sous le nom de « Rolland Garros » depuis 30 ans. Donc notre équipe est en train de voir comment est-ce que ce patrimoine communal a pu être « vendu » à un autre organisme sans que la Commune ne possède aucun dossier y afférent. C’est pour dire que le « recensement » de tous les patrimoines de la Commune s’annonce indispensable.
  • Il faut doter la Commune des moyens qui lui sont nécessaires pour connaître les Lois en vigueur à Madagascar, car l’absence de ces textes juridiques au sein de la Commune l’expose à toutes les interprétations possibles pouvant lui nuire, sans qu’elle puisse se défendre une fois confrontée à un blocage. Il s’agit des textes sur les finances publiques, sur la décentralisation, sur l’Urbanisme, etc. Cette action sera accompagnée par une politique interne visant à « former » régulièrement les employés de la Commune, sinon au recrutement de personnels compétents sur des domaines bien spécifiques.
  • Il faut continuer à assurer régulièrement l’assainissement de la ville ; maintenir la ville en état de propreté permanent; renforcer notre système de revalorisation de déchets en les transformant en compost (engrais) fort utile pour l’agriculture ; et aussi, consolider les actions d’embellissement de la ville.
  • Il faut entamer une politique sociale axée essentiellement sur la santé publique, le sport et la jeunesse, de manière à pouvoir répondre aux besoins des personnes en situation de vulnérabilité (les personnes âgées, les mères célibataires, les femmes enceintes, les personnes indigentes et handicapées, etc.) et des jeunes qui représentent 75% de la population, dont l’absence d’offre politique (sport, emploi, santé, éducation, loisir, etc.) émanant des institutions publiques, risque de les exposer à une situation dangereuse (drogue, prostitution, grossesse précoce, déscolarisation, délinquance, etc.).
  • Il faut déployer des efforts pour faire rayonner la ville d’Antalaha à l’étranger. Dans cette optique, mon passage en France en ce moment, est une occasion pour moi de nouer des relations avec des communes françaises qui affichent une volonté de nous aider, et avec des associations franco-malgaches qui m’ont fait part de leurs souhaits d’aider la Commune d’Antalaha. Je leur en suis très reconnaissant, et je les remercie par avance, car la Commune d’Antalaha a besoin d’aide et de soutien pour réussir le défi de ses ambitions.

Vous voyez bien que l’année 2017 est une année qui s’annonce très difficile, car l’action de réorganisation entamée depuis 2016 n’est qu’à son commencement : en 2016 nous avons pu sortir la tête de l’eau, maintenant, il nous faut des moyens pour survivre, seule condition qui nous permettra demain d’avancer.

C’est pour cette raison que j’appelle de nouveau ceux qui nous ont toujours épaulés en 2016, de continuer à le faire, à nous aider encore, car le défi est énorme, mais que nous sommes condamnés à relever. Et ensemble, nous serons plus forts.

Personnellement, je consacrerai mon temps à une mobilisation des ressources de la commune pour qu’elle puisse toujours s’inscrire dans la dynamique de développement entamée depuis 2016. Aucun découragement ne sera permis. Face aux dures réalités qui s’annoncent, il faut rendre coup pour coup. Seule la victoire finale (le développement) compte.  C’est notre boulot, et nous le ferons dignement !

Pour en savoir plus sur : Degemer Mada, Commune de Garlan, GREF Languedoc-Roussillon, AFDI

D’autres rencontres ont été effectuées par le Maire d’Antalaha à Saint-Michel d’Euzet, avec Monsieur René Bernard porteur du projet au nom du GREF (en vue d’appuyer le centre Orchidées vanille à Antalaha qui s’occupe des enfants handicapés mentaux). Une réunion a été tenue le 18 janvier chez Monsieur René BERNARD en présence de : (1) Marie Desplat du GREF qui a effectué avec le porteur du projet une première mission de faisabilité à Antalaha et qui est pressenti pour assurer une mission de formation dans le courant de l’année ; (2) Marie Bris, déléguée régionale du GREF Languedoc-Roussillon qui accompagne le projet depuis son attribution au GREF ; (3) Marinette Flandin et (4) Anne-Marie Bègue, présidente et trésorière de l’Association Avenir-Sakay, créatrice du centre Orchidée-Vanille à Antalaha et qui en finance le fonctionnement, partenaire du GREF dans le projet de formation.

Rencontre avec le responsable de l’association AFDI pour une perspective de formation des paysans ruraux d’Antalaha

Rencontre avec Patrick Rajoelina, Lobbyiste de Madagascar en Europe (Groupes industriels, collectivités locales, institutions économiques et financières, communautés culturelles…), une figure bien connue de la diaspora malgache en France, sur une éventuelle piste de collaboration pour le développement rural dans le District d’Antalaha.

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